Causes et la nature de cette nouvelle crise financière

La crise financière qui a éclaté à partir des Etats-Unis à l’été 2007, fait l’objet de nombreux commentaires.

Quelques citations : Alan Greespan, ancien président de la FED dit que c’est « la crise la plus grave depuis la seconde guerre mondiale » Pour Michel Aglietta, professeur d’économie à Nanterre, « c’est le cœur du système capitaliste qui est touché » Pour Nicolas Hulot « c’en est fini du libéralisme ». Le journal « Le Monde » titrai à la une : « serions-nous à la fin d’un cycle ? » Il poursuivait en disant : la crise « conduit à une soudaine remise en cause des dogmes économiques en Europe. » Martin Wolf, éditorialiste du quotidien économique britannique « Financial Times » fustigeait le comportement des grandes banques pour disait-il « privatiser les gains et socialiser les pertes », craignant que le système financier « ne détruise… la légitimité politique de l’économie de marché elle-même. » La contre offensive n’a pas tardé ; le philosophe libéral Guy Sorman affirmait « aujourd’hui, l’économie n’est plus une opinion, mais une science ». L’objectif étant de déconnecter la crise des choix politiques.

Bref rappel sur l’élément déclencheur : la crise des « subprime » Le crédit « subprime » et la spéculation a permis à des dizaines de milliers de familles américaines d’emprunter sur 30 ans en bénéficiant pendant les 2 premières années, de taux d’intérêt très bas , avant d devoir payer plein pot au taux du marché. Jusqu’au début 2007, les taux du marché étaient plutôt bas, et surtout le marché de l’immobilier était en plein boum, avec une folle montée des transactions et des prix. Des gens achetaient une maison, la revendaient, empochant au bout de 2 ans une bonne plus-value, pour reprendre éventuellement un autre crédit subprime. Pire, les banques ont pu, sans difficulté, faire lourdement s’endetter des familles aux revenus modestes en leur faisant miroiter ces perspectives. Tout cela a fonctionné jusqu’à ce que le marché de l’immobilier se retourne et que les prix baissent. De nombreuses familles se sont retrouvées alors en défaut avec la perte de valeur de leur maison devenue invendable, et le relèvement des taux d’intérêts. Les banques et les institutions financières ont accompagné sans limitation toute cette cavalerie en recourant à des méthodes sophistiquées de dilution des risques. « La titrisation » leur a permis de découper en tranches les crédits risqués, de les transformer en titres financiers (titrisation) pour les refiler au détail sur les marchés dits de « produits dérivés » à d’autres banques ou à des fonds spéculatifs. Ainsi les risques accumulés ont été progressivement disséminés dans tout le système financier mondial, les banques continuant sans difficultés d’accorder des crédits pour des opérations financières et immobilières de plus en plus risquées mais promettant de très fortes rentabilités. Quand la valeur de ces créances « titrisées » s’est mise à piquer du nez avec le retournement du marché immobilier, tout cet amoncellement s’est ébranlé. Plus personne n’acceptant de racheter de tels titres, les banques on été obligées de rapatrier ces créances devenues douteuses dans leur bilan, avec l’apparition de pertes et le besoin d’argent frais. La méfiance s’est propagée comme une trainée de poudre dans tout le système, les banques refusant de se prêter les unes aux autres alors que c’est le « marché interbancaire » qui permet à ces institutions de se procurer 90% des liquidités dont elles ont besoin pour équilibrer leurs opérations quotidiennes. Pour tenter de casser cette mécanique infernale, les banques centrales jouent les pompiers (pompiers incendiaires) : les banques ont besoin de cash pour couvrir leurs pertes. La FED a injecté semaine après semaine, depuis des mois, des centaines de milliards de dollars de liquidités. Elle a sollicité l’aide des autres banques centrales. Et cela n’a pas suffi. La BCE, si opposée à toute idée d’injecter des liquidités pour soutenir l’activité économique, a fait preuve d’une grande générosité, dès lors qu’il s’agissait de se porter au secours des banques coupables de spéculation. 250 milliards d’euros ont été mobilisés pour voler au secours des banques qui ont spéculé. Enormément d’argent public a été injecté pour tenter de faire face à cette crise. La banque centrale américaine a organisé le sauvetage de la banque « Bear Stearns », au bord de la faillite. Le gouvernement britannique a nationalisé « Northern Rock » pour lui éviter la débâcle. Les banques allemandes IK3 et Sachsen ont été tirées du marasme grâce à des aides publiques.

Pourtant, pour les fondateurs du libéralisme, le marché est le mode d’organisation spontané de l’activité économique. Capable de se réguler tout seul, il a le don de fixer le juste prix et d’assurer la meilleure distribution des richesses. Avec l’émergence de cette crise, il y a des moyens nouveaux et importants dans la bataille des idées pour contester la supériorité du libéralisme et faire progresser des propositions alternatives.

Les idéologues du libéralisme ne restent pas l’arme au pied Dans les 2 ans, nous dit-on, « la régulation financière va changer ». Le débat est entamé. Mais cette régulation peut viser simplement à ce que l’économie financière de marché fonctionne efficacement, et ne pas du tout remettre en cause le libéralisme. Ce débat n’est pas nouveau, mais il s’accélère. Il prend même une dimension plus structurelle. Déjà à la fin des années 90 le « Financial Times » avait titré : « Karl Marx is back ! » Karl Marx est de retour ! La contestation du libéralisme gagne du terrain. Nicolas Sarkozy a surfé sur cette vague en affichant par exemple son volontarisme en matière de politique industrielle. Si le libéralisme semble perdre du terrain, la question de son dépassement reste entière, et les réponses fort divergentes : S’agit-il simplement de contenir le système ? De limiter ses excès ? Ou de le changer profondément ?

Les divergences sont fortes et le rapport des forces n’est pas en faveur de l’alternative au capitalisme. Retour au rôle régulateur traditionnel des états ?

La main de l’état, pas plus que la main invisible du marché n’est garante de justice sociale, et elle ne peut se limiter à organiser et soutenir le marché au bénéfice de ceux qui en profitent.

On ne peut que se réjouir de la mise en cause du libéralisme, mais attention à la contre offensive du capital Les dirigeants de la droite et du grand patronat cherchent à utiliser cette crise pour faire pression sur les salaires, les dépenses sociales et publiques ; et accélérer les réformes réactionnaires qu’ils ont décidé d’engager. Pour cela, ils s’appuient sur le rapport Attali pour parvenir à un consensus entre libéraux et sociaux libéraux, et l’intégration des syndicats à la rentabilité financière. Il ne faut pas sous-estimer cette offensive. Celle –ci s’appuie sur un très fort sentiment d’impuissance. Selon un sondage Sofres- Nouvel Observateur (aout 2007) 70% des électeurs communistes estimaient que « l’économie de marché était le moins mauvais système qu’il faudrait aménager »

Quel impact sur l’ensemble de l’économie ?

Quelles perspectives ? Pour certains c’est plutôt la fin de la crise financière et la reprise durable grâce à tous les assainissements. Pour d’autres économistes, nous allons assister à la poursuite et même à l’aggravation des difficultés. Ou encore à un rebond de la croissance et l’éclatement d’une crise plus globale à l’horizon 2010-2012 ? On observe d’ores et déjà un fort ralentissement de la croissance des Etats-Unis, Royaume Uni, et dans une moindre mesure en Espagne où le chômage fait un bond, et en France. Dans les pays émergents, la croissance diminue même si elle reste à un niveau élevé. Le soutien des banques les plus touchées par les banques centrales avec des fonds publics a stoppé le risque d’effondrement. Mais on assiste à un déplacement de ces énormes masses financières spéculatives existantes vers d’autres produits sensibles, pour tenter de se refaire de leurs pertes. C’est la spéculation sur le pétrole et le gaz, sur les matières premières comme le charbon, le minerai de fer et sur les ressources alimentaires de base (blé, riz notamment). Face aux besoins grandissants, les prix de ces produits s’envolent, ce qui provoque la relance de la faim et ses émeutes dans les pays en voie de développement. La spéculation qui provoque une hausse durable des prix renforce les exigences d’augmentation des salaires, des pensions… des luttes salariales nouvelles se manifestent partout dans le monde : comme en France ou en Allemagne, mais aussi dans des pays entrés récemment dans l’union européenne comme on l’a vu chez Renault-Dacia en Roumanie. Et les réponses capitalistes n’ont pas tardé pour économiser sur les salaires, les emplois, les dépenses sociales et publiques.

D’autres contradictions apparaissent entre les exigences des fonds d’investissement voulant démanteler, dépecer, les entreprises auxquelles ils participent, et l’exigence d’efficacité industrielle. Ou les exigences de plus en plus grandes des actionnaires qui s’opposent comme jamais aux dépenses nécessaires pour l’efficacité de la production.

La crise, les contradictions qui en émanent, poussent à des transformations économiques profondes, à d’autres choix politiques. Ces appels à l’intervention de l’Etat pour des corrections des excès financiers sont très insuffisants, mais nouveaux.

Ces volontés, avec leurs insuffisances, pourraient contribuer à changer le climat idéologique en favorisant le débat, la réflexion sur des propositions à la fois radicales et réalistes.

Propositions que le PCF peut apporter au débat



Nous pouvons disposer de sommes colossales.

Par exemple : Il y a les 250 milliards d’euros que la BCE a du injecter dans le circuit monétaire et bancaire pour limiter l’ampleur de la crise financière. Si autant d’argent a pu être mobilisé pour voler au secours des banques qui ont spéculé, c’est la preuve que nous pourrions disposer d’une masse monétaire énorme pour répondre aux besoins européens. D’autant qu’on pourrait ajouter à cette somme colossale quelques 27 milliards d’euros annuels d’exonérations de cotisations patronales en France.

Et l’une des idées maitresses avancées par les communistes consiste en une utilisation différente du crédit. Aujourd’hui, il y a le risque d’un assèchement du crédit pour les investissements créateurs de richesses réelles, reposant sur le développement de l’emploi et de la formation : il apparaît que certaines banques ont durci leurs critères de sélection des crédits qu’elles accordent aux entreprises. Les petites et moyennes entreprises, comme toujours, sont particulièrement menacées de voir se restreindre leur accès au crédit bancaire (crédit bancaire pourtant vital à leur développement). Les critères actuels poussent les banques à sélectionner les placements financiers plutôt que les investissements favorables à l’emploi et à la croissance réelle.

Or le seul moyen de rendre le crédit efficace au service de la croissance réelle serait d’en moduler le taux en fonction de son utilité pour la société. Par exemple : Plus l’entreprise générerait, par ses investissements, de l’emploi de qualité et de la formation, plus le taux de crédit serait bas. Ce dispositif nécessiterait l’utilisation de fonds publics régionaux prenant en charge tout ou partie des intérêts des crédits. Les travailleurs pourraient solliciter ces fonds pour des propositions alternatives de développement. D’autres propositions sont formulées par les communistes : La création d’un pôle public financier national favoriser une croissance riche en emploi de qualité… Une autre mission de la Banque Centrale Européenne (BCE) contrôlée par les parlements nationaux et européen pour favoriser la croissance réelle et l’emploi contre la spéculation. Une refonte du FMI, qui est d’ailleurs en crise profonde, devient urgente (droit de vote démocratique, émancipation du contrôle des Etats-Unis, nouvelle orientation du crédit). Une opposition et des exigences des pays en développement montent contre le FMI, avec par exemple la création d’une banque du Sud, internationale pour remplacer le FMI.

Quelle prise pouvons-nous avoir sur ces questions et enjeux

Je viens d’évoquer l’Amérique Latine. Plus généralement nous pouvons à partir des besoins humains progressivement faire reculer la domination du capital financier mondialisé.

Comment ? Contrôles participatifs (France - Europe – Monde) Des nouveaux critères de gestion Des luttes convergentes et des conquêtes sociales, politiques, culturelles.

Cela suppose de travailler à des convergences des luttes et des forces qui veulent, non pas réparer les dégâts, mais obtenir des changements profonds.

Enfin, pour terminer cet exposé, quelques mots sur l’Atelier « Vérité sur l’argent » (AVA-89) : La fédération de l’Yonne du PCF a décidé la création d’un atelier de réflexion et d’échange sur l’argent et son utilisation. L’atelier n’est pas une commission de travail du PCF. Il a vocation à rassembler des gens, membres du PCF ou non, qui partagent les mêmes préoccupations et sont à la recherche d’un lieu pour confronter leurs opinions, leurs expériences et construire des alternatives. Les objectifs, les méthodes de travail, les initiatives sont décidées par les participant-te-s aux travaux de l’atelier.

Au bilan de l’activité de l’atelier : Des fiches argumentaires La lettre régulière de l’Atelier informant sur son activité Une note sur l’entreprise Armatis et les fonds publics « pour l’emploi » La rédaction d’un appel pour un débat départemental durable sur les causes de la crise financière, sa nature et les solutions pour une autre utilisation de l’argent. A ce jour, 76 signataires, dont plus de 40% ne sont pas membres du PCF.

Pour conclure cet exposé, je dirai que la crise financière, l’aspect immoral des profits financiers, l’ampleur des gâchis, peuvent imposer une confrontation d’idées sur une autre utilisation de l’argent.