Traité européen . Après la décision du PS de se prononcer pour le « oui », l’eurodéputé a démissionné de ses fonctions de secrétaire national en charge des questions européennes. Entretien. François Hollande a justifié le « oui » du PS au traité de Lisbonne par la nécessité d’unir les socialistes. Vous pensez, au contraire, que cette décision divise. Pourquoi ? Benoît Hamon. On retrouve, à peu de choses près, dans le vote du bureau national, le même rapport de forces que celui issu du référendum interne au Parti socialiste, en 2004, sur la constitution européenne. Sur le contenu du texte, nous avons donc, à nouveau, deux blocs. Plus préoccupant encore, la décision qui faisait jusqu’ici consensus, c’est-à-dire la nécessité d’un référendum est renvoyée à plus tard, donnant le sentiment que les socialistes pourraient abandonner la revendication d’une consultation populaire. Je ne pense pas que ce vote précis déclenche la crise au Parti socialiste, mais je constate que l’objectif de dépasser le clivage entre les partisans du « non » et ceux du « oui » sur la question européenne n’est pas atteint. À peu de choses près, nous reproduisons les débats d’hier. En gros, on refait le match. Comment expliquer le passage abrupt d’une tonalité relativement critique sur le contenu de ce traité européen à une acceptation sans conditions ? Benoît Hamon. Il y a encore quinze jours, on pouvait être assez optimistes quant à l’unité des socialistes sur cette question. Ce qui s’exprimait, c’était une déception générale des socialistes vis-à-vis de ce traité. Si nous reconnaissions des avancées institutionnelles incontestables, la critique portait sur les concessions faites aux eurosceptiques, sur les lacunes de ce texte en matière de politiques monétaires, sociales, fiscales. S’exprimait aussi la volonté d’être très militants sur la revendication d’un référendum. Puis, subitement, la question de la méthode de ratification a été repoussée à plus tard. Sont apparus des argumentaires exaltés, faisant de ce texte, parce qu’il serait un pas en avant supplémentaire, un nouveau rendez-vous avec l’histoire. Il y avait pourtant la place pour l’expression d’une parole socialiste européenne critique. Que le mode de ratification soit parlementaire ou référendaire, vous prôniez, de votre côté, l’abstention. Ce qui aurait eu pour résultat de laisser passer ce texte que vous critiquez… Benoît Hamon. Toute la social-démocratie européenne, à laquelle nous appartenons, milite pour la ratification de ce texte. Je constate aussi que le contexte est différent. Nous ne pouvons pas compter sur une présidentielle qui aurait pu nous faire espérer un changement de négociateur et donc, éventuellement, un nouveau texte. Notre position était donc, en dépit de notre insatisfaction, de ne pas faire obstacle à la ratification de ce texte, puisque la social-démocratie européenne nous le demande. Une telle concession impliquait un effort considérable de la part des partisans du « non ». Quoi qu’il en soit, cette position est derrière nous, puisque la position officielle du PS est désormais le « oui ». Cette décision donne-t-elle un avant-goût du chemin que prendra la « rénovation » promise par le Parti socialiste ? Benoît Hamon. Ceux qui nous invitent à commencer la rénovation en disant « oui » à ce traité pensent que le PS a perdu les dernières élections parce qu’il était trop à gauche. Le débat de mardi soir n’est pas l’acte inaugural de la rénovation, pas plus qu’il ne la clôt. Ce que sera le futur Parti socialiste, c’est le prochain congrès qui le dira, pas le vote de 59 membres du bureau national. Nous sommes là, tout simplement, dans le prolongement d’une division. Il existe au PS deux appréciations de la stratégie en matière de construction européenne. En dépit du vote des Français, du « non » majoritaire de l’électorat de gauche, il est manifestement très difficile de dépasser ce clivage. Sur cette question européenne, comme sur d’autres dossiers, des clivages forts, persistants, s’expriment depuis plusieurs années au sein du PS… Benoît Hamon. La recomposition entre les familles socialistes est à mon avis indissociable de la recomposition de la gauche dans son ensemble. La question n’est pas seulement celle de notre orientation. L’utilité de la gauche tient évidemment à cela, mais elle tient aussi à la stratégie qui sera la sienne pour reconquérir le pouvoir dans l’optique de transformer profondément la société. En ce qui me concerne, je ne vois pas d’autre solution, dans le cadre de la Ve République, que la mobilisation derrière un candidat unique et un nouveau programme de la gauche. Il existe un espace pour recomposer la gauche avec des familles différentes. Nous ne devons pas nous replier sur les débats, trop réducteurs, que nous avons chacun de notre côté, mais inscrire nos discussions dans celles qui traversent l’ensemble de la gauche. Nous devons commencer, progressivement, à sortir de nos chapelles respectives.