L’argumentation avancée par le Président de Région et le Recteur ne résiste par à l’épreuve des faits. Les professeurs développent une argumentation que je partage et que je joins à cette lettre.

On nous dit qu’il faut accorder la priorité à la jeunesse et à l’éducation en ces temps difficiles. Vous-même, Monsieur le Président de la République, avez déclaré, lors de votre dernière conférence de presse, que les lycées professionnels devaient être revalorisés. Dans le même temps, on nous annonce la fermeture de Blaise Pascal. Cette contradiction entre le dire et le faire est insupportable.

Un lycée à taille humaine qui permet un suivi des élèves au plus près de leurs préoccupations, une proximité pédagogique est une chance pour notre territoire. On sait que l’équipe des professeurs, de la vie scolaire et des agents techniques est très motivée et que les résultats sont excellents. Pourquoi casser cette dynamique alors qu’elle produit des effets positifs ?

Ce lycée peut se développer. Il n’y a pas si longtemps, il accueillait 450 élèves. Mais au fil des ans, nombre de sections ont été délocalisées et sont allées « mourir » ailleurs, comme le disent les enseignants. On n’a pas voulu créer de nouvelles filières de formation à Migennes, territoire industriel, alors que les entreprises du bassin d’emploi sont demandeuses. La filière micro-technique, unique en Bourgogne, sera ainsi détruite alors qu’elle peut intéresser et concerner des dizaines d’entreprises du département. Les professeurs en font la démonstration. Il n’est pas exact, comme le prétend le Président de la Région, qu’elle soit sans débouché. C’est si vrai que l’on parle d’un pôle microtechnique en Franche-Comté. La fusion des deux régions, Bourgogne et Franche-Comté, n’est-elle pas en partie responsable de cette opération au nom de la sacro-sainte mutualisation des moyens? D’autre part, il y a fort à parier que si la micro-technique est supprimée dans cet établissement, elle sera récupérée par un organisme d’enseignement privé patronal du type AFPI.

Si la décision de fermeture était maintenue, le Migennois perdrait un outil structurant de son développement et de son attractivité. On sait que la formation initiale, mais aussi professionnelle, est un atout de ce territoire. Nous disposons du centre départemental de l’AFPA, d’une Mission Locale, de divers organismes de formation.

Je rappelle également que cet établissement a été rénové, il y a quelques années, avec des crédits régionaux, mais aussi intercommunaux, puisqu’à l’époque le District Urbain du Migennois avait contribué à cette rénovation lourde du lycée. Le résultat est considéré par tous les usagers et observateurs extérieurs comme excellent. Le lycée de Migennes est accueillant, fonctionnel, adapté à la pédagogie moderne. Seuls restaient à être reconstruits les ateliers techniques. Le projet de reconstruction avait été élaboré en même temps que celui de la rénovation des bâtiments principaux. Mais le Conseil Régional a toujours traîné les pieds pour cette reconstruction. Pourtant, en 2009, 2 650 000 € étaient inscrits au budget régional pour ce faire. Le permis de construire avait été signé et le panneau de chantier installé. Ces crédits ont été retirés en 2010, bien avant l’incendie de mai 2014 qui est devenu, désormais, le prétexte à la fermeture du lycée.

Dans l’immédiat, les professeurs font la démonstration qu’il est possible de faire fonctionner dans les locaux actuels (bâtiment principal) la filière micro-technique dans son ensemble. Il faudra quelques investissements et aménagements. Des crédits suffisants sont inscrits au budget régional.

Il n’y a donc pas de temps à perdre, si l’on veut garder cet outil au service des jeunes afin qu’ils puissent entrer dans la vie active avec toutes les chances de réussir. Migennes est classée dans le dispositif de la politique de la ville et en réseau d’éducation prioritaire. Alors que tout commande de développer les efforts dans ce type de territoire, voilà que le Ministère de l’Éducation Nationale et le Président de la région prennent une décision qui va à l’encontre du discours dominant.

Vous pouvez, Monsieur le Président de la République, remettre en cause cette décision de fermeture du lycée et intervenir auprès de qui de droit pour que les moyens nécessaires soient donnés au lycée Blaise Pascal pour qu’il se développe. Je me permets de vous le demander.

Je vous remercie à l’avance, d’une réponse positive.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de mes sentiments les plus respectueux. F.Meyroune