Amsterdam-Pleyel ( Paix et Liberté) dans l’Yonne Guy Lavrat

Le Mouvement d’Amsterdam a été créé à l’initiative de l’IC et du PC(SFIC) en 1932, mais on ne peut pas comprendre cette initiative si on la dissocie des combats du PCF pendant les années 20. Au tout début de cette décennie, c’est encore le flou idéologique au sein des groupes communistes. Une motion du groupe communiste de Migennes publiée par le « Travailleur de l’Yonne » (l’ancien « Travailleur socialiste »,devenu l’organe de la Fédération communiste après le Congrès de Tours) du 12 avril 1922 est significative à cet égard. Ces premiers communistes n’étaient pas des bolcheviks accomplis ni de parfaits disciples de Lénine. Leur motion voit dans l’origine de la guerre de 1914-18 seulement le militarisme et le chauvinisme, et pas du tout l’effet des contradictions inter-impérialistes et du système capitaliste, comme l’enseignait la 3ème Internationale. L’anti-militarisme semble encore dominer, comme avant 1914. La chronique des GDV(Gueules de vaches) est une des plus appréciées dans l’Humanité et dans le Travailleur. On doit signaler à ce sujet la tentative de la fédération communiste de l’Yonne de faire reparaître le « Pioupiou de l’Yonne » en lançant une souscription dans le Travailleur (éditions du 18 janvier 1922 et suivantes). C’est Raymond Guyot, secrétaire – trésorier des J.C. de Tonnerre qui est chargé de centraliser les fonds (il sera secrétaire de l’Internationale communiste des Jeunes et membre du B.P.du PCF) Assez rapidement va s’imposer comme tâche centrale des PC et du PCF en particulier, la lutte contre la guerre impérialiste ( inévitable ? ) et la thèse de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile et en Révolution prolétarienne. L’ARAC et la CGT-U, relativement bien implantées dans l’Yonne (pour la CGT-U : les cheminots de Migennes, le bassin carrier de Ravières, la métallurgie à Sens et Auxerre, le bâtiment à Auxerre, les bûcherons dans la Puisaye) s’associeront aux campagnes du PC. L’ARAC prendra l’initiative de l’érection des monuments « Guerre à la guerre » de Gy-l’Evêque et de Chevillon et ses militants prononceront des discours dépourvus d’ambiguité sur la conduite à tenir en cas de nouvelle guerre, comme Marcel Ferry à Dracy (il sera fusillé en 1942) La lutte va se polariser sur la défense de l’Union Soviétique, « patrie du socialisme », sur l’internationalisme prolétarien (campagne contre l’occupation de la Ruhr en 1923, avec le mot d’ordre : fraternisez ! ), sur la lutte anticolonialiste (campagne contre la guerre du Maroc en 1925), sur la guerre d’annexion et de partage de la Chine en Extrême- Orient en 1927), etc… Ces mobilisations n’obtiendront pas toujours le succès escompté sauf peut-être la grève du 12 octobre 1925 où l’on compta 900.000grévistes. Dans l’Yonne, elles se solderont souvent davantage par des incantations que par des actions de masse réelles, notamment les journées du 1er août et du 1er mai contre la misère et la guerre Ajoutons à cela la répression : Maurice Thorez ira trois fois en prison, condamné notamment à 14 mois en 1925 pour « complot contre la sûreté de l’Etat », 8 mois en 1929 pour propagande défaitiste. Tout le C.C.est arrêté en réunion à Villeneuve St Georges, etc… Ajoutons encore des enjeux de pouvoir à l’intérieur du PC (Thorez, Marty, Doriot), la « bolchévisation » politique et organisationnelle, la tactique « classe contre classe »…et le PC va s’isoler. Il va tendre vers la secte et sa lutte contre la guerre impérialiste n’atteindra pas ses objectifs, pas plus que celle pour la Révolution prolétarienne.

1932 Malgré l’accession de Maurice Thorez au secrétariat général du PC, l’isolement continue au début des années 30 et, tant du côté de l’I.C. que du côté du P.C.F lui-même, on va chercher à donner des formes nouvelles et unitaires à la lutte contre la guerre impérialiste, pour favoriser une impulsion significative et entraîner la classe ouvrière et « les plus larges masses », c’est-à-dire les paysans, les classes moyennes et les intellectuels, sans perdre de vue la Révolution prolétarienne D’où, en 1932, l’appel de Henri Barbusse et Romain Rolland pour un Congrès Mondial contre la guerre impérialiste, peu après le 7ème congrès du PCFqui s’est tenu au mois de mars et au cours duquel Maurice Thorez a dit : « La lutte contre la guerre impérialiste doit être au centre de l’attention et de l’activité du Parti, en avant pour une issue révolutionnaire à la crise ! » A ce moment-là, la thèse du PC est que l’Etat français se fascise, que la répression anti-ouvrière et contre les anti-militaristes prépare la guerre impérialiste. Il met sur le même plan l’Etat bourgeois français et les fascismes, comme celui au pouvoir en Italie et comme l’hitlérisme. Quant au Parti socialiste SFIO, il le caractérise comme un « social-fascisme » et il appelle les ouvriers socialistes à rejeter leurs chefs. Langumier, secrétaire de la 22ème Région de la CGT-U (Yonne et Côte-d’Or) écrit dans le Travailleur du 2 janvier1932 : « La paix ne sera possible qu’après le renversement du Capital et la Révolution Mondiale » L’appel de Barbusse et R.Rolland date du 29 mai 1932, il est publié dans le Travailleur du 4 juin. Il est nécessaire de souligner que, pour les communistes , le Congrès Mondial ne doit pas être un congrès pacifiste. Et caractériser les communistes de cette époque comme des pacifistes , même en y accolant l’adjectif « révolutionnaire », ne correspond pas à la réalité. Les communistes étaient des « défaitistes révolutionnaires », ce qui n’est pas la même chose. Ils ne prêchaient pas la Paix, mais la lutte contre la guerre impérialiste, celle-ci étant selon eux, difficile à éviter tant que durerait le système capitaliste –ce qui les amène à considérer la Conférence du désarmement de Genève et la SDN comme des duperies. Ils se veulent les soldats de la Révolution prolétarienne qui passera obligatoirement par l’insurrection armée : ce sera comme en Russie en 1917 –donc rien à voir avec le pacifisme et la condamnation de la guerre en général. C’est toujours le schéma léniniste de la prise du pouvoir par le prolétariat en armes, c’est toujours la théorie des guerres justes et des guerres injustes Aussi , les communistes récusent-ils publiquement le pacifisme, qualifié habituellement de « petit-bourgeois » et ils vont combattre , dès la préparation du Congrès Mondial, l’idéologie pacifiste et ses organisations, tout en souhaitant travailler avec elles, mais avec comme objectif de faire triompher les thèses communistes au Congrès Mondial. Malgré des appels insistants aux ouvriers socialistes (ou peut-être à cause de cela) le Parti socialiste dénigre l’initiative du Congrès et le Congrès lui-même. Il menace de sanctions les socialistes qui répondront à l’Appel de Barbusse et R.Rolland. Ce qui explique en partie que les 10 délégués de la Côte-d’Or et de l’Yonne seront nettement à dominante communiste et CGT-U, avec la présence malgré tout d’un syndicaliste autonome et d’un socialiste SFIO plus ou moins clandestin : Georges Paupy (ou Poupy ?), de la section de Migennes (tendance « action socialiste »). Après un pré-congrès en juillet à Genève, le Congrès Mondial se tiendra à Amsterdam au mois d’aoùt. René Froissart, paysan, secrétaire de la Région communiste , et Paupy ( Poupy ?) interviendront à la tribune du Congrès. Paupy deviendra un militant de dimension nationale et internationale. Membre dès 1932 du Comité mondial de lutte contre la guerre impérialiste, il représentera Barbusse au Congrès asiatique contre la guerre impérialiste à Shanghai, en décembre 1932, ce qui lui vaudra d’être exclu provisoirement de la SFIO immédiatement après , puis définitivement en 1933. Au congrès de Paix et Liberté de novembre 1938, il figure encore sur la liste des élus au conseil national- ce qui tend à prouver qu’il n’a pas du souscrire aux Accords de Munich.( Je perds sa trace dans l’Yonne en 1933.) Les premiers pas des comités de base du mouvement d’Amsterdam dans l’Yonne n’auront pas lieu en 1934, comme a pu l’écrire un historien, mais à l’automne 1932. Froissart fait un compte-rendu du Congrès mondial à Sens le 14 octobre et forme un comité local d’initiative contre la guerre impérialiste, qui prépare un meeting pour le 3 novembre avec le député communiste Paul Vaillant- Couturier A Migennes, c’est l’ARAC qui prend l’initiative de constituer un comité de lutte dans l’agglomération cheminote avec Jeram, secrétaire national de l’ARAC et futur secrétaire national du Mouvement d’Amsterdam Le Travailleur du 19 octobre fait le compte-rendu d’une réunion contre la guerre à Joigny avec Froissart, qui parle cette fois en tant que secrétaire départemental de la Confédération des Paysans Travailleurs. Le Travailleur du 26 novembre annonce une réunion à Irancy , dans le vignoble de l’Auxerrois, avec Jeram et Froissart, à l’initiative du secrétaire de la cellule communiste Georges Varenne Quant à la Puisaye, elle sera le banc d’essai de la formation des comités locaux ruraux , formation assez laborieuse en raison de la campagne anti-Amsterdam de la SFIO. A St –Sauveur et Mézilles , Maurice Carroué et Plaut, un des secrétaires nationaux , subiront la contradiction de Lécuyer, instituteur à Mézilles, porte-parole de la Fédération SFIO. Le Travailleur de l’Yonne et le Réveil de l’Yonne, journal de la fédération SFIO, donneront chacun de son côté, leur version de la polémique, de novembre 1932 à janvier 1933

1933 A la réunion du C.C.du PCF, le 11 février 1933, Maurice Thorez consacre un long passage de son rapport au Mouvement d’Amsterdam, « le plus bel exemple du Front unique contre la guerre impérialiste » .L’Yonne est signalée à ce C.C. comme un des meilleurs départements qui ont réussi à implanter des comités « qui pénètrent la base du Parti socialiste » Avec le concours de Plaut, des comités vont être créés dans la Puisaye, le Jovinien-Migennois, le Sénonais, l’Auxerrois. A Toucy, c’est un socialiste , Benoit, qui est le secrétaire du comité , malgré l’interdiction de sa direction fédérale. La nécessité se fait alors jour de réunir un Congrès départemental du Mouvement d’Amsterdam, le 14 mai. C’est un jeune instituteur communiste, très orthodoxe, qui en devient le secrétaire : Louis Aubry. La direction de la Région communiste l’a propulsé en raison de son âge ( il est jeune et même très jeune) et en raison de son dynamisme. A ses côtés apparaissent deux autres jeunes instituteurs qui, eux, sont socialistes : Robert Simon et Paul Verneiges . J’ai milité avec eux au PC et aux « Combattants de la Paix » , à mon retour du régiment, en 1949, ils sont devenus des amis, surtout Verneiges. Ce dernier n’avait pas encore fait son service militaire en 1933, mais il était déjà un fougueux orateur et un polémiste.( pour ne pas être sanctionné par le Parti socialiste, il avait adopté le pseudo de Serge Vine.).

Simon était né en 1909, Aubry en 1911 et Verneiges en 1912. Les trois militants qui étaient très liés (Verneiges épousera en 1935 la sœur de Simon) formeront une sorte de triumvirat jusqu’en 1936. A cette date (fin 1936) Aubry s’apprête à quitter le PC pour le PS, alors que Verneiges et sa femme viennent de quitter le PS pour le PC. Aubry et Simon s’efforceront alors de mettre Verneiges sur la touche…Ils auront des destins différents tous les trois dans les années qui suivront comme nous verrons..

( Il est remarquable que les instituteurs ont joué de tous temps, dans l’Yonne, département peu industriel, un rôle important au sein des Partis de gauche et du Mouvement social ) Avec les communistes qui restent majoritaires dans les comités locaux, le Mouvement va accueillir d’autres socialistes ,comme Berry , Demouchy, (de tendance Zyromski) ou Cornillon (tendance Marceau Pivert ) que le PS n’osera pas exclure. Dans le Réveil de l’Yonne un débat s’instaurera dans la SFIO entre partisans et adversaires de l’adhésion au Mouvement d’Amsterdam, parallèlement au débat avec les « néos » de Déat, emmenés dans l’Yonne par Clémendot …qui est encore le directeur du Réveil de l’Yonne ! Le PS est en pleine confusion idéologique et une majorité de militants du département rejoindront pour un temps le nouveau Parti de Déat : le Parti Socialiste de France. La plupart reviendront à la SFIO après 1936 pour s’inscrire dans la tendance Paul Faure. Clémendot continuera à suivre Déat jusque sous l’Occupation . Ces vicissitudes du PS ne l’empêcheront pas d’avoir deux députés en 1936 : Maxence Roldes dans le Jovinien et Campargue dans le Sénonais A côté des communistes et de socialistes, on trouve un objecteur de conscience sans parti : Marius Michel, de Poilly sur Tholon : il est le secrétaire du comité de son village et membre du comité départemental d’Amsterdam. Il sera emprisonné deux fois, en mars et en juillet 1933, pour avoir renvoyé son fascicule de mobilisation au Ministre de la guerre. Sans partager ses méthodes de lutte, les communistes et les socialistes le soutiendront et organiseront un meeting commun en sa faveur A Mailly-la-Ville, les libertaires membres de la LICP (Ligue internationale des combattants de la paix), lecteurs de La Patrie Humaine, adhèreront au comité de lutte et le dirigeront. Un des frères Sautreau (Lucien) sera membre du comité départemental Le Mouvement d’Amsterdam n’a donc pas été un duo entre les communistes et des socialistes, mais il a débordé le cadre des militants du PC et du PS. Dans les comités de base, on a vu aussi des radicaux, des membres de la Ligue des droits de l’homme, des syndicalistes de la CGTd’avant la réunification, même si ces formations n’adhèrent pas au Mouvement en tant que telles Le Mouvement d’Amsterdam est donc déjà bien élargi lorsque, après l’arrivée de Hitler au pouvoir (février 1933), il se transforme en Mouvement d’ Amsterdam-Pleyel contre la guerre et le fascisme, à l’issue du Rassemblement antifasciste (d’origine syndicale) des 4, 5 et 6 juin 1933, à Paris, salle Pleyel , auquel assisteront 15 délégués de l’Yonne. Le Comité Mondial d’Amsterdam contre la guerre impérialiste deviendra à son tour, le 20 août 1933, le Comité Mondial d’Amsterdam – Pleyel contre la guerre et le fascisme Salle Pleyel, le 6 juin, Paupy avait été le rapporteur de la commission des résolutions – ce qui, soit dit en passant, lui vaudra d’être exclu définitivement de la SFIO , où d’ailleurs il ne militait plus. Il avait fait adopter par l’Assemblée une résolution préconisant « la lutte de masse contre le capitalisme, la guerre et le fascisme, sous la direction du prolétariat » En clair, Amsterdam-Pleyel inscrivait donc la lutte antifasciste dans le cadre plus large de la lutte contre le capitalisme et le fer de lance de cette lutte était la classe ouvrière. Il s’agit ici d’un antifascisme de classe. A partir de 1936 et dans les années qui suivront, cet aspect de l’antifascisme va se doubler d’un antifascisme national - disons le mot : d’un antifascisme patriotique, que l’on retrouvera pendant la Résistance à l’Occupation hitlérienne Les comités locaux d’Amsterdam changeront eux aussi de nom et deviendront des comités de lutte contre la guerre et le fascisme . Le premier Congrès départemental d’Amsterdam-Pleyel se tiendra le 15 octobre 1933 à Auxerre, salle Soufflot. Aubry pourra y annoncer la formation de 32 comités locaux , groupant 1200 adhérents. 54 réunions se tiendront avant la fin de l’année, clôturées par un grand rassemblement départemental à Migennes « contre la guerre et le fascisme » avec Plaut du Conseil natonal d’Amsterdam- Pleyel, Froissart des « Paysans travailleurs », Carroué de la CGT-U, Toutan « socialiste de l’Avallonnais » et Renaud Jean, député « paysan » (communiste ) du Lot – et - Garonne….le 31 décembre 1933 ! Autres temps, autres mœurs…. A noter qu’au cours de cette année 1933, malgré la prise en mains de l’Allemagne par le nazisme, le PCF espère toujours que la Révolution prolétarienne triomphera outre-Rhin et il croit toujours à l’avènement d’une Allemagne soviétique.

1934 En janvier 1934, Maurice Thorez déclarait encore : « L’expérience internationale prouve qu’il n’y a pas de différence entre la démocratie bourgeoise et le fascisme, ce sont deux formes de la dictature du Capital ».Les émeutes de février 1934 et le « front unique à la base » vont changer la donne. Les comités de lutte d’Amsterdam-Pleyel seront à l’origine de toutes les manifestations antifascistes du département et le nombre de ces comités progressera en même temps que grandira l’idée d’un « Front populaire pour le pain, la paix et la liberté ». Le Mouvement Amsterdam – Pleyel sera dans l’Yonne comme dans la plupart des départements, l’instrument privilégié et une courroie de transmission du PC pour faire pénétrer cette idée du Front Populaire, pour la formation du Front Populaire, pour son développement et son enracinement. On peut même avancer l’idée que les comités locaux d’Amsterdam-Pleyel ont été, de fait, les comités de base du Front Populaire Aux mois de février et de mars, aucun coin de l’Yonne n’est épargné par les réunions publiques d’Amsterdam –Pleyel. Le 18 mars, 1000 personnes se rassemblent à la Bourse du travail d’ Auxerre et défilent jusqu’à la préfecture. C’est Aubry qui prend la parole pour clôturer la manifestation. A Sens, 2000 personnes assistent à un meeting des comités de lutte du Sénonais contre la guerre et le fascisme, avec Rouffianges, du conseil national d’Amsterdam-Pleyel Dans le Travailleur du 5 mai, l’édito s’intitule : « Organiser la lutte contre la guerre et le fascisme » et conclut en ces termes : « Constituons dans nos deux départements (Côte d’Or et Yonne) un réseau de comités locaux, posons la nécessité urgente de l’adhésion au Mouvement d’Amsterdam-Pleyel, seule force capable d’écraser les ligues fascistes ». Le Mouvement s’affirme donc comme le pivot du front unique contre la guerre et le fascisme. Continuant sur sa lancée, il deviendra le pivot du Front Populaire. Il existera dans l’Yonne un comité départemental du Front Populaire où seront représentés tous les partis de gauche, le Mouvement Amsterdam-Pleyel, la CGT réunifiée, la Ligue des droits de l’homme et diverses formations de gauche ; mais le PS s’opposera toujours à la constitution de comités de base du Front Populaire (locaux ou d’entreprises) où il serait représenté en tant que tel Un CVIA (comité de vigilance des intellectuels antifascistes) fut créé au plan national après les émeutes de février. Dans l’Yonne, qui n’était pas un département universitaire, le CVIA eut une existence éphémère, avec quelques enseignants du secondaire, mais il fut rapidement éclipsé par Amsterdam –Pleyel Quand le CVIA glissa, majoritairement, vers des positions plus « pacifistes » qu’antifascistes, R.Rolland, de sa retraite de Vézelay, quitta le CVIA. L’écrivain n’était plus au-dessus de la mêlée comme en 1915. La guerre civile déclenchée par Franco en Espagne l’avait amené à penser que rien n’arrêterait le fascisme si on lui faisait des concessions . Les comités locaux d’Amsterdam-Pleyel vont bénéficier de l’élan de février 1934 : on comptera dans la première moitié de l’année 27 créations de comités dans l’Yonne sur 292 créés en France, selon le secrétariat national – presque 10% du total national Une remarque :dans ce département dont on a déjà dit qu’il était peu industrialisé, on ne comptera aucun comité de lutte d’entreprise. Les comités ne se situèrent pas non plus dans les quartiers des villes (il n’existait au demeurant pas de grandes villes dans l’Yonne), mais dans les bourgs ruraux et leurs adhérents furent pour une large part, de petits paysans très nombreux dans le département à cette époque et des prolétaires ruraux (ouvriers agricoles et/ou bucherons.). Plusieurs femmes ont des responsabilités : Georgette Sansoy à Saint-Sauveur, Viviane Bouillé à Migennes, l’épouse de Georges Varenne à Irancy, Hélène Bertault à’Auxerre, Lucie Vergne à Massangis, Eugénie Verneiges-Simon dans le Sénonais, sont les plus en vue Le 6 mai1934, sous la présidence de René Froissart, Aubry ouvre le deuxième congrès départemental des comités de lutte. Il annonce 3000 adhérents, dont 1800 paysans et fait un appel pressant à l’auto-défense antifasciste A la Conférence d’Ivry du PCF , en juin, M.Thorez dira que « les communistes ne se désintéressent pas de la forme que revêt le régime politique de la bourgeoisie. Ils ont défendu, défendent et défendront toutes les libertés démocratiques conquises par les masses elles-mêmes, en premier lieu les droits de le classe ouvrière, afin de mieux se rassembler et organiser les forces révolutionnaires du prolétariat et de tous les travailleurs contre le Capital et contre la dictature de la bourgeoisie » . Ainsi, un nouveau langage et une nouvelle stratégie prennent forme au PC et Amsterdam-Pleyel lui emboîtera le pas. Le Pacte d’unité d’action entre le PC et le PS, signé le 27 juillet, va faciliter le travail d’Amsterdam-Pleyel en rapprochant les communistes et les socialistes Nous ne quitterons pas l’année 1934 sans signaler une réunion de Louis Aubry à Charny , où il avait fait le compte-rendu de son récent voyage en URSS (voir Le Travailleur du 22 septembre)

1935

Dans l’Humanité du 26 janvier, à quelques jours de l’anniversaire des journées de février 1934, M.Thorez rappelle une nouvelle fois le rôle politique exceptionnel des comités de lutte d’Amsterdam (puis d’Amsterdam-Pleyel) depuis 1932 et rend hommage à Henri Barbusse et Romain Rolland . Il souligne que le Mouvement d’Amsterdam-Pleyel « est le seul Mouvement qui lutte efficacement contre la guerre et le fascisme, c’est sa démarche rassembleuse et ferme qui a permis de vaincre les résistances du PS à l’unité d’action avec le PC. C’est une expérience inédite de front unique à la base qui a conduit à un accord de sommet , celui du 27 juillet 1934 entre le PS et le PC » En mai 1935, c’est le choc du Pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique, négocié par Staline et Laval. Des divergences publiques apparaissent alors dans le journal départemental des comités de lutte de l’Yonne, intitulé « Front populaire », qui vient de sortir son premier numéro (preuve du dynamisme des comités ) . Aubry y exprime son premier désaccord public avec son Parti et condamne le pacte dans son édito ( à noter qu’il signera les éditos de tous les numéros, sans exception ). Le B.P.du PC s’est aligné immédiatement sur l’URSS en publiant l’affiche « Staline a raison » mais, dans les jours qui suivent, les explications du Travailleur sont plutôt embarrassées et peu convaincantes. Dans l’Yonne , les rayons collent l’affiche plus par fidélité à Staline que par conviction politique intime. La campagne contre les deux ans de service militaire continue et le Travailleur se prononce toujours contre la politique de « Défense nationale » . Le PC et Amsterdam-Pleyel, tout en approuvant le pacte, maintiennent leur thèse du défaitisme révolutionnaire et ne tournent pas encore facilement le dos à leur politique anti-militariste. Le Travailleur continue à donner des échos des brimades des soldats du 4ème R.I.d’Auxerre et les députés communistes ne votent pas le budget militaire. Position inconfortable…Le PC et Amsterdam-Pleyel font de la corde raide pour concilier leur dénonciation de la guerre impérialiste (et leur anti-capitalisme ) avec leur politique de soutien à Staline qui recherche maintenant l’alliance avec les pays capitalistes contre l’Allemagne nazie. Malgré ces contorsions, le tournant est bel et bien amorcé, sur le fond. « Le fascisme, c’est la guerre, dira bientôt M. Thorez, et la France devra se donner les moyens de faire reculer et le fascisme et la guerre » Aubry a bien compris la nouvelle stratégie qui est en train de naître et, pour sa part, il la désavoue et reste accroché aux thèses non encore révisées publiquement de l’I.C. et de la SFIC des années 20 : « L’ennemi est dans notre propre pays » écrira-t-il dans « Front Populaire », comme l’écrivait encore Langumier dans le Travailleur, quelque temps auparavant. Aubry écrira encore : « Contre n’importe quelle guerre et malgré n’importe quel pacte, le problème sera de soutenir le prolétariat allemand, seul capable de renverser le fascisme ». C’est ce que croyaient encore le PCF et l’I.C. dans les années précédentes et Aubry n’est pas contredit par les communistes ( qu’on appellera « orthodoxes ») ,dans les colonnes de « Front Populaire », ceux-ci étant encore imprégnés , eux aussi, de la politique de l’I.C.exprimée jusqu’à ce jour. La préparation de la grande manifestation du Rassemblement Populaire du 14 juillet 1935 va refouler pour un temps les divergences surgies dans l’Yonne au sein d’Amsterdam- Pleyel. Le Mouvement prendra une part prépondérante dans le succès de ce 14 juillet historique et une forte délégation de l’Yonne montera à Paris Parallèlement (ou complémentairement) au 14 juillet parisien, si l’on en croit Le Travailleur des 20 et 27 juillet, on dénombrera 6000 manifestants à Auxerre le 11 juillet, 1200 à Migennes le 13 juillet et 2000 à Sens le 21 juillet. Ces chiffres sont peut-être un peu « gonflés », mais on ne peut nier l’euphorie de cette époque précise. Au 7ème Congrès de l’IC, du 25juillet au 21 août 1935 à Moscou, c’est le grand tournant : l’IC va considérer que la cause principale de la guerre réside désormais dans la politique agressive des Etats fascistes et la stratégie d’union avec les partis socialistes est avalisée : ceux-ci ne sont plus considérés comme des partis « social-fascistes » Amsterdam-Pleyel fait sienne la phrase de Dimitrov : « Le fascisme, c’est la dictature ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les plus impérialistes du capital financier » Barbusse participait au Congrès de l’IC et il mourut à Moscou, le 30 août. Sa disparition fut une grande perte pour le Mouvement, mais n’entraîna pas son déclin. Dans le 2ème semestre de 1935, la préparation des élections de 1936 entre dans sa phase décisive. Le journal des comités de lutte interviendra sur tous les problèmes qui font débat : sur les revendications sociales des ouvriers et des paysans ( une large place est réservée à la question paysanne et les signataires des articles sont aussi bien communistes que socialistes ), sur les problèmes du fascisme et évidemment sur les problèmes de la guerre et de la paix . Sur ce dernier point, on remarquera que le journal n’entretient plus de polémique à propos du pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique. Au printemps 1936, il fera même sien, sans contestation, le programme du Front Populaire qui se prononce pour de tels pactes et pour le système de la sécurité collective.

1936

Les divergences vont rebondir après la victoire électorale du Front populaire. Aubry, qui appartient sans doute au groupe Ferrat ( groupe oppositionnel du PC ) est un jusqu’au- boutiste des grèves de mai-juin . Toujours membre de PC, il rejoint, de fait, les positions d’autres militants icaunais du Mouvement Amsterdam-Pleyel, comme Robert Simon, qui appartient, comme on sait, à la tendance Marceau Pivert du PS Autre rebondissement, beaucoup plus important, au Congrès départemental d’Amsterdam-Pleyel de juillet 1936 :le clivage de 1935 à propos du pacte franco-soviétique réapparaît. Une motion Aubry s’opposant à « quelque pacte que ce soit » est acceptée par une majorité relative de congressistes (22 pour, 17 contre et 6 abstentions sur 45 présents ) contre une motion Sansoy qui défend les pactes d’assistance mutuelle et le système de sécurité collective « contre les menaces des fascismes allemand, italien et japonais ». Les communistes sont donc divisés, une nouvelle fois, sur le même problème de fond qu’en 1935 et Aubry est soutenu comme en juin par les socialistes de la tendance Marceau Pivert. Les libertaires de la LICP( ceux de Mailly la Ville ) et Marius Michel, l’objecteur de conscience, ont voté la motion Aubry…de sorte que l’élargissement d’Amsterdam- Pleyel , voulu et réalisé de 1932 à 1936 par le PC, s’est retourné contre lui et contre ses militants fidèles à la « ligne »nouvelle de sa direction. Pourquoi le tandem Aubry-Simon a-t-il pu l’emporter à ce congrès ? Ils bénéficiaient d’une aura indiscutable, ils étaient dévoués, disponibles, ils avaient l’allant et l’enthousiasme de leur jeunesse …et il faut reconnaître à Simon des talents de manipulateur que j’ai pu vérifier quand je militais avec lui, après-guerre. Mais en allant au fond, on peut penser qu’ils faisaient passer leurs idées à partir des traditions du département dont ils étaient le reflet :

       - traditions des républicains rouges de 1848-1851, notamment en Puisaye - des républicains allergiques à tout compromis et à toute autorité centrale

- traditions anarcho-syndicalistes – encore en Puisaye notamment, dans le milieu bûcheron fortement syndiqué - traditions autonomistes et ultra-pacifistes des socialistes d’avant 1914, avec la Fédération socialiste autonome et le Pioupiou de l’Yonne de Gustave Hervé - enfin la formation anti-militariste forgée chez les communistes pendant les années 20…Les sentiments anti- militaristes des adhérents de base du PC se prolongeront bien après 1936 et il n’est pas exclu que des adhérents du PC (anonymes ) aient voté la motion de leur camarade Aubry en juillet 1936.(Durand ?) Quels que soient les débats en son sein, le Mouvement Amsterdam- Pleyel atteint son apogée dans l’Yonne à cette époque ( ce qui coïncide avec l’apogée du Front Populaire ), avec 6000 adhérents : il est vraiment un « mouvement de masse » exemplaire, pour ne pas dire unique dans un département rural peu peuplé. Quelques jours après le congrès départemental, se tient le Congrès national qui décidera de l’appellation « Paix et Liberté » accolée à « Amsterdam-Pleyel », très significative de la conception nouvelle de la lutte : le Mouvement s’inscrit au positif, il n’est plus seulement « contre » la guerre et le fascisme, il est « pour » la Paix et la Liberté et sa carte d’adhérent se colorera d’un liseré bleu-blanc-rouge, ce qui provoquera des contestations de la part des plus antimilitaristes Le 17 juillet, c’est la guerre civile qui se déchaîne en Espagne. Le journal des comités de lutte prend position tout de suite contre la politique de non- intervention du gouvernement Léon Blum et il publiera même un appel en faveur des Brigades Internationales A la fin de l’année 1936, lorsque les députés communistes voteront les crédits de la défense nationale demandés par Léon Blum, confirmant ainsi leur volonté de se défendre contre les fascismes, l’édito d’Aubry n’en fera pas mention. En décembre 1936, « Front populaire », le journal des comités de lutte de l’Yonne prend le nom de « Front antifasciste ». On aurait ainsi pu penser que, dans l’Yonne, l’antifascisme serait désormais prioritaire sur le « pacifisme », tant l’antifascisme contre le fascisme intérieur que celui contre les fascismes extérieurs. On verra qu’il n’en sera rien. Les comités locaux dirigés par les communistes seront bien l’expression de la lutte contre et contre le fascisme, mais Aubry et Simon donneront au Comité départemental et à son journal une orientation davantage « pacifiste », à l’inverse de ce qui va se produire au Conseil National de Paix et Liberté, surtout après la naissance du RUP( le Rassemblement Universel pour la Paix), créé par Cecil Roldes, un anglais progressiste. Il y aura une sorte de partage des rôles. Des communistes comme Marcel Cachin et des radicaux comme Pierre Cot vont s’investir à fond dans la lutte pour la paix et contre les agressions allemandes, italiennes et japonaises, avec le RUP (sans négliger ipso facto la lutte antifasciste), alors que Paix et Liberté, au niveau de sa direction nationale, s’orientera plutôt en priorité vers la lutte antifasciste, sans négliger la lutte pour la Paix.

1937

Aubry inaugurera l’année 1937 en adhérant au PS…avec lequel il est pourtant en désaccord sur à peu près tout : la non- intervention en Espagne, la « pause » dans l’application du programme du Front Populaire, la défense nationale, etc ..Mais il pense qu’il ne pourra pas faire triompher ses thèses sur la guerre et la paix au PC, alors qu’il croit qu’elles peuvent devenir majoritaires au PS où le droit de tendance est reconnu, contrairement au PC où le « centralisme démocratique » règne en maître D’autres militants de Paix et Liberté ont fait le chemin inverse, comme Verneiges et sa femme, qui passent du PS au PC, ainsi que nous l’avons déjà noté. Aubry restera cependant secrétaire de Paix et Liberté au niveau départemental. Il va préciser dans ses éditos sa position sur les grands dossiers européens de l’heure. Il est pour que la France assiste l’Espagne Républicaine parce que, selon lui, celle-ci est sur la voie du socialisme. Mais il est contre toute assistance à la Tchécoslovaquie et à la Pologne, parce que ce sont des pays capitalistes. La polémique s’installe entre les « pacifistes » et les communistes baptisés « bellicistes » L’année 1937 sera émaillée de discussions inabouties au sein du Comité départemental de Paix et Liberté, les communistes cherchant à reprendre la main, du fait que les positions du secrétaire départemental s’écartent trop de celles du Conseil National calquées sur celles du PC. Une proposition de Verneiges, demandant que le journal du Conseil national soit jumelé avec le journal départemental, échoue. Une autre proposition, reprise au cours de plusieurs réunions, demandant que le Comité départemental soit l’émanation directe des comités locaux (ce qui était recevable) échoue elle aussi. Il y a manifestement des enjeux de pouvoir autant que des enjeux politiques, mais il est indéniable que les communistes et leurs sympathisants sont majoritaires, à la base, dans la plupart des comités locaux. Ce ne sont pas les pivertistes qui dirigent ces comités, , comme un historien l’a soutenu. Au demeurant, la tendance pivertiste de la SFIO était certes remuante et avait plusieurs militants dynamiques . Mais elle était très minoritaire au PS, et numériquement peu importante par rapport aux nombreux militants du PC qui avait beaucoup recruté depuis 1934 et surtout en 1936. Elle était donc loin d’avoir la capacité militante d’animer la plupart des comités locaux Les animateurs des comités de base étaient des communistes, autour de Verneiges , Meunier, Matignon dans le Sénonais, de Froissart, de Bardin, des Bouillé dans le Centre-Yonne, des Varenne ( Georges et André), de Roulot dans l’Auxerrois, des Sansoy dans la Puisaye, de Durand et des Valtat dans l’Avallonnais, etc…Au congrès des comités de lutte du Sénonais, le 5 avril 1937, tous les rapporteurs des commissions étaient des communistes, ce qui ne traduisait d’ailleurs pas la diversité du Mouvement, mais qui signifiait que les communistes bénéficiaient d’une aura certaine dans ce secteur du département De leur côté, les comités icaunais du Comité Mondial des femmes sont animés par Hélène Bertault qui est communiste. Mais Aubry et Simon tiennent bien en main le comité départemental et, si les comités de base ne sont pas « atypiques » par rapport aux comités de base des autres départements, le comité départemental , lui, est atypique…et son secrétaire aussi ! C’est bien d’ailleurs pourquoi il n’a jamais été membre du Conseil National (alors qu’il le méritait grâce à ses résultats dans l’Yonne quant au nombre de comités locaux et au nombre d’adhérents) , le mouvement Paix et Liberté étant régi par le « centralisme démocratique », tout comme le PC Une remarque qui pourra étonner : alors que se déroulaient en URSS les grands procès staliniens de 1937 qui divisaient la gauche française, il ne semble pas, à lire « Front antifasciste », que des clivages se soient produits à ce sujet dans Paix et Liberté de l’Yonne, tout au moins publiquement.

1938

Aubry, Simon et leurs amis vont se rapprocher de plus en plus des « pacifistes » comme Clémendot et comme les dirigeants du syndicat des instituteurs et de celui des PTT. On le verra au moment de l’Anschluss, quand Hitler annexera l’Autriche, au printemps 1938 ; Les affrontements deviendront plus vifs avant même les négociations de Munich, au sein de Paix et Liberté de l’Yonne ; « Front antifasciste » cesse de paraître avant l’été. . Affrontements aussi au PS : en juillet 1938, Simon quitte le PS avec André Cornillon et quelques autres pour fonder une fédération du PSOP ( Parti socialiste ouvrier et paysan ) dans l’Yonne. Aubry ne le suivra pas et restera à la SFIO où il se rangera apparemment dans la tendance fauriste . Mais les différentes sensibilités socialistes, à quelques exceptions près, se retrouveront dans le même camp au moment des Accords de Munich. Quand ceux-ci sont signés et livrent les Sudètes à Hitler, c’est la scission à Paix et Liberté de l’Yonne . Aubry et Simon approuvent les Accords. Aubry justifiera dans la presse (La Bourgogne Républicaine, édition de l’Yonne ) l’annexion des Sudètes en disant que ce sont des territoires peuplés de 2 millions d’Allemands, mais en oubliant de dire qu’il existait des Allemands anti-hitlériens et qu’un million de Tchèques y vivaient aussi. Simon signera de son côté un article assez délirant de « pacifisme intégral » Il est évident que leurs positions étaient en contradiction avec celles de Paix et Liberté et du PC qui condamnent Munich. Le Travailleur publie le célèbre discours de Gabriel Péri à la Chambre des députés qui déclarait, s’adressant aux Munichois : « Vous avez signé la défaite sur le corps mutilé d’un peuple libre, c’est contre vous que nous gagnerons la bataille de la Paix ! » Le Travailleur titre son édito du 15 octobre : « Ni la servitude ni la guerre ! » et le Bureau régional du PC « condamne l’attitude de nos gouvernants qui permettent à Hitler de réaliser ses objectifs de « Mein Kampf ». Quant à Serge Vine ( pseudo de Verneiges ), il écrit dans La Bourgogne Républicaine en tant que secrétaire des comités de lutte du Sénonais : « Hitler menace, frappe du poing sur la table. Si ses protagonistes lui avaient déconseillé d’exprimer ses prétentions exorbitantes, il n’aurait pas insisté, il n’est pas en état d’envisager une guerre. » Aubry et Simon démissionneront alors publiquement et spectaculairement de Paix et Liberté, entraînant avec eux une partie des membres du C.D., ce qui n’a rien de surprenant dans l’atmosphère extraordinaire d’approbation populaire – et à courte vue - des Accords de Munich. Quant aux démissions du C.D., il faut relativiser : elles représentent 9 de ses membres . Aubry a annoncé « 9 membres sur 17 ».Je ne vois pas à quoi correspond ce chjffre de 17. Y a-t-il eu une réunion avec 17 présents ? Si tel a été le cas , le CD devait être loin d’être au complet, peu représentatif des 145 comités et de leurs milliers d’adhérents. Par ailleurs , un des démissionnaires annoncés : Dorémus, cheminot à Mjgennes et que j’ai bien connu, ainsi que son fils qui était de mon âge, récusa sa démission. Contrairement à une légende répandue par un historien, selon laquelle Amsterdam – Pleyel (Paix et Liberté) aurait été dirigé de bout en bout , dans l’Yonne, par des socialistes de la tendance pivertiste, on voit donc qu’Aubry ( qui, répétons-le , n’avait pas suivi Marceau Pivert au PSOP ) n’a été qu’un peu plus d’un an à la fois membre du PS et secrétaire départemental du Mouvement , sur les 7 années de l’existence de celui-ci.. Aussitôt après leur démission de Paix et Liberté, Aubry et Simon vont s’adresser à Clémendot pour fonder un nouveau mouvement départemental. Clémendot répondra à leur appel et deviendra le président d’un « Comité départemental d’action contre la guerre », dont Aubry sera le secrétaire et Simon le trésorier. Ils justifieront leur décision en accusant une nouvelle fois les dirigeants de Paix et Liberté de vouloir la guerre et ils invoqueront les « évolutions « du Mouvement … comme si celles-ci étaient récentes. En réalité son changement de stratégie ne datait pas de 1938, mais remontait à 1935. Par ailleurs , s’il y a eu évolution au PC et à Amsterdam-Pleyel, il y a eu aussi évolution et tournant chez Aubry, Simon, Clémendot et ceux qui les suivaient. Ils sont passés du refus de « tout pacte quel qu’il soit » à l’acceptation du Pacte de Munich , le pire pacte qui soit , condamné par l’Histoire. Aubry était contre ce qu’il dénonçait comme une « union sacrée » en 1935, au moment du pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique, mais il s’est dilué dans l’union sacrée autour de Munich en 1938, avec les pires adversaires du Front Populaire, ceux qui disaient : « Plutôt Hitler que le front populaire » Ce n’est donc pas inopinément , au moment de Munich, que des divergences ont surgi . Quant à prétendre, aujourd’hui, que Aubry et Simon ont été, en 1938, des victimes du stalinisme, c’est un peu facile et bien dans l’air du temps, mais ce n’est pas crédible. C’est volontairement ignorer le crime de Munich, blanchir ceux qui l’ont soutenu et médire sur ceux qui ont eu le courage de le combattre Le comité Clémendot , d’où a été exclue l’expression « contre le fascisme », disparaîtra avec les illusions sur le traité de Munich, au bout de quelques mois, après avoir recruté une centaine d’adhérents, surtout parmi des instituteurs et des postiers de Migennes et de St Florentin. Clémendot ne se grandira pas en publiant dans la Bourgogne Républicaine plusieurs articles justifiant la démarche de l’Allemagne hitlérienne, au prétexte de l’ineptie (réelle) du Traité de Versailles.

1939

      Les militants communistes et anti-munichois s’étaient ressaisis dès le mois de novembre1938 en reconstituant un comité provisoire de Paix et Liberté, avec Marcel Bardin comme boîte aux lettres, et en organisant de nombreuses réunions publiques. Au cours d’une de ces réunions , à Tonnerre, Pierre Sansoy dira : « Si on laisse les mains libres à Hitler, on aura et la guerre et le fascisme !. »…propos plus prémonitoires que ceux d’Aubry et de Clémendot. Au mois de février 1939, se tient un Congrès départemental de Paix et Liberté et Verneiges devient le nouveau secrétaire du Comité départemental. Le Mouvement n’est plus isolé et Campargue, le député socialiste élu dans le Sénonais en 1936, préside même une séance.

Cependant, la situation internationale se détériore davantage. .Au printemps 1939, Hitler envahit toute la Tchécoslovaquie et Franco liquide la République espagnole. Bien que les évènements donnent raison à Paix et Liberté, la montée des fascismes démobilise les « masses » et le Mouvement consacre le plus clair de son temps à l’aide aux réfugiés espagnols. La dynamique du Front populaire n’est plus qu’un souvenir. Au mois de septembre, pour les militants de Paix et Liberté, c’est un nouveau choc : le Pacte de non- agression germano- soviétique…Le Travailleur est suspendu le 27 août, Paix et Liberté est dissous peu après le PCF qui en reviendra à la thèse des deux blocs impérialistes : après un mois d’hésitations, il va s’aligner sur les positions de l’I.C

                                            Après….

Que deviendront les militants d’Amsterdam-Pleyel (Paix et Liberté) pendant la guerre et l’Occupation ? Vont-ils continuer dans la lutte antifasciste ? Aubry sera interné au camp de Vaudeurs en 1941 et il y adhérera au RNP de Déat (une manœuvre, dira-t-il, pour sortir du camp !…) Il sortit en 1942, ne participa pas à la Résistance après sa libération et ne reprit jamais d’activité politique après la guerre. En revanche, Robert Simon rejoindra les FTPdans la Région Parisenne et adhérera au PC. Il sera arrêté, torturé et déporté à Mathausen , d’où il reviendra. André Cornillon, ancien munichois, membre fondateur du PSOP et du Comité Clémendot avec Aubry et Simon, adhérera dès 1941 au Front national, puis au PC et sera le Président du Comité local de Libération d’ Auxerre en 1944. Les frères Sautreau, de Mailly- la- Ville, anciens de la LICP et munichois eux aussi en 1938 rejoindront les FTP (Groupe Camélinat) en 1943 et adhéreront au PC. Du côté des communistes ( les « bellicistes » ) , Maurice Carroué et Georgette Sansoy entreront dans la clandestinité très tôt et s’en sortiront ( Carroué était lieutenant-colonel FTP en Lorraine à la Libération ). Quant à Pierre Sansoy, il avait été tué au combat, à Vallery, près d’Auxerre, en juin 1940. René Froissart et René Roulot, secrétaires successifs de la Région du PC, seront fusillés. Meunier, arrêté par la police française, s’évadera, deviendra clandestin, sera inter-régional des FTP en Picardie en 1944 et, cerné par les Allemands, sera massacré et brûlé sur un tas de fumier. Fourré, secrétaire de l’U-D de la CGT réunifiée, sera déporté et reviendra, alors que Georges Varenne, déporté lui aussi, sera exterminé. Durand, Bardin et Verneiges seront prisonniers de guerre ( Verneiges ira en camp de représailles pour plusieurs tentatives d’évasion) Sauf quelques exceptions, le militantisme antifasciste dans Amsterdam –Pleyel ( Paix et Liberté ) avait donc formé des hommes et des femmes qui surent se dresser contre le fascisme hitlérien aux heures noires de l’Occupation. Ils se retrouvèrent dans le même camp, surmontant leurs divisions d’avant-guerre