Je voudrais vous faire part de la tristesse de ses camarades du Parti Communiste, mais au-delà de toutes celles et ceux qui ont été à ses côtés pendant tous les combats qu’il a livrés. En leur nom, je vous adresse nos plus sincères condoléances. Nous perdons un militant qui s’est dévoué, souvent au péril de sa vie, pour défendre son pays occupé, ses compagnons de travail, l’intérêt de ses concitoyens. Ce sont les raisons de l’hommage que nous lui devons et que nous lui rendons aujourd’hui.

André Lafeuille est né le 17 février 1923 à Bellegarde dans le Loiret. Il vécut une grande partie de sa jeunesse à Migennes où il fut scolarisé. Dès l’âge de 14 ans, comme beaucoup d’enfants de cheminot, c’était son cas, il entra au centre d’apprentissage de Migennes de la compagnie PLM qui en 1938 deviendra la SNCF. Il termine son apprentissage en 1939 et devient cheminot alors que la guerre conduit à l’occupation de la France. La guerre, il l’a en horreur comme tous les fils des anciens combattants de la première du siècle. Son père avait été sous l’uniforme à ce moment-là. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il ne supporte pas cette occupation hitlérienne et avec ses amis décident de s’engager, d’agir contre l’occupant. En 1943, avec ses amis Jean Buet, Roland Laloy, Edouard May, il rencontre un membre du groupe Bayard, Roger Varrey à qui il propose leurs services dans l’action résistante. Dès le mois de juillet de la même année, le groupe des « Trois mousquetaires », c’est ainsi qu’on les appelait, devient un groupe de sabotage. Le 23 septembre, ils sabotent une grue de 50 tonnes, le 28 des fours à réguler. Le même jour, ils bloquent une plaque tournante indispensable à l’entretien des locomotives. Le 11 novembre sera une journée d’action patriotique au monument aux morts de Migennes avec l’accroche, dans la nuit, d’un grand V et d’une croix de Lorraine selon Robert Bailly, d’un drapeau tricolore selon l’ARORY. En tous cas, il fallait un sacré courage pour agir ainsi.

Evidemment, l’ennemi ne reste pas l’arme au pied d’autant plus que d’autres actes de résistance sont effectués à Migennes par d’autres résistants, tels Louis Riglet et son groupe de FTP. Une vague d’arrestations a lieu en mars 1944, André et ses camarades se mettent « au vert ». Début avril ils reprennent le travail. André apprend par un gendarme qu’il va être arrêté. Ses supérieurs demandent au groupe de se disperser. Courant avril, Dédé, puisqu’on l’appelait ainsi, est incorporé dans le corps franc des frères Caselli. Il participe à diverses actions comme le sabotage du moulin de Douchy ou l’attaque de convoi. Le 22 août 44, il entre dans Joigny libéré. Il participe à d’autres actions sur le secteur comme à la prise du dépôt d’essence de Monéteau. Les mois passent, mais la guerre n’est pas terminée. Avec ses camarades, il s’engage dans le 1er Régiment des Volontaires de l’Yonne et participera aux campagnes des Vosges, d’Alsace, d’Allemagne. Il sera démobilisé à Noël 1945. Dédé refuse de partir en Indochine et reprend son travail de cheminot. Il deviendra plus tard agent de conduite. Son engagement ne faiblit pas puisqu’au-delà de l’amicale du Groupe Bayard, puis de l’ANACR, il devient militant syndical CGT. Son nom apparaît dans le PV des réunions du syndicat ; notamment quand celui-ci accueille Proper Mocquet, député de l’Yonne de 1945 à 1947, lui aussi cheminot. Il sera secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Laroche-Migennes de la fin 1955 à la fin 1961. Il adhère au Parti Communiste Français dont il devient un militant dans l’entreprise, mais aussi dans son quartier, Fouchy. Dédé participe aux grands mouvements de sa corporation et notamment aux grandes grèves de 1947, de 1953 et plus tard de 1968, à tous les combats contre les guerres coloniales et pour le Paix. Il sera candidat à toutes les élections municipales à Migennes depuis celles de 1947 avec Prosper Mocquet. En mars 1977, il figure sur la liste d’Union de la Gauche conduite par Guy Lavrat. Sa liste l’emporte, Guy Lavrat devient maire, Dédé devient son 1er adjoint. Une autre vie commence au service de ses concitoyens. André Lafeuille est en retraite depuis 1973, mais il y consacre l’essentiel de son temps. Il sera réélu en 1983 et en 1989. Lors de son dernier mandat de conseiller municipal qui s’achève en 1995, il se consacrera à l’organisation et à la conduite des cérémonies patriotiques.

Dédé n’est plus. D’autres ont pris la relève et ont continué le combat pour lequel il s’était engagé alors qu’il n’avait que 20 ans, le combat pour la liberté et la justice sociale. Merci cher Dédé, nous sommes fiers de toi. Repose en paix.